Conversation(s)

Conversation(s) avec : Benoît Giraud, Président du TGI de Limoges

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    L’Homme en Bleu s’est rendu du côté de la nouvelle Cité judiciaire nichée aux abords de la place Winston Churchill.
    Bâtiment d’architecte cubique moderne et singulier, ce dernier abrite la quasi-totalité des instances juridiques de notre ville. Le TGI (Tribunal de Grande Instance) fait parti des institutions locales qui siègent à la Cité judiciaire. Ce dernier est présidé par Benoît Giraud depuis 2016.
    Rencontre.

    LHEB : Comment est venue votre vocation de devenir magistrat ?

    Benoît Giraud : Cette vocation est venue en deux temps. J’aspirais tout d’abord à devenir avocat pendant mes années collège, grâce à mon grand-père [NDLR : Ce dernier était expert judiciaire] qui m’emmenait parfois avec lui lorsqu’il se rendait au tribunal. J’ai ainsi pu assister à des audiences. Cela a été déterminant dans ma vocation.
    J’ai donc logiquement commencé des études de droit après le bac, afin de devenir avocat et c’est après deux ou trois ans d’études que j’ai compris que le rôle de magistrat m’attirait davantage que celui de l’avocat.

    LHEB : Pourquoi ce changement d’orientation ?

    B.G : Pour deux raisons. Tout d’abord, je me suis rendu compte que je préférais décider et chercher la bonne solution juridique, plutôt que de défendre un client et son dossier.
    Ensuite, je me suis également rendu compte que à l’instar des chefs d’entreprises, les avocats doivent faire tourner une activité. Et le rapport d’argent avec les clients ne me plaisait pas à titre personnel. J’ai donc fait le choix de servir l’État plutôt que d’exercer une profession libérale.

    Le CV de Benoît Giraud en 5 chapitres

    LHEB : Comment est nommé un Président de TGI ?

    B.G : Le président d’un TGI est nommé par décret du Président de la République, comme tous les magistrats de France, sur proposition du Conseil Supérieur de la Magistrature. C’est ce dernier qui propose la nomination des magistrats du siège à la cour de cassation, des présidents de TGI et des premiers présidents de cour d’appel.

    LHEB : Avez-vous demandé au CSM votre lieu de mandat ?

    B.G : On émet des souhaits concernant les fonctions et le lieu d’exercice que l’on souhaite. Puis, c’est le CSM qui propose tel ou tel pour les postes qu’il doit pourvoir, en fonction des candidats et de leurs dossiers respectifs.

    Pour ma part, en 2015-2016, j’avais indiqué le souhait de rester dans le sud-ouest de la France et j’ai eu cette opportunité à Limoges.

    LHEB : Quel est le quotidien d’un Président de TGI ?

    B.G : Un Président de TGI est avant tout un chef de service. Nous avons comme responsabilités d’organiser le fonctionnement de la juridiction, suivre les statistiques, animer les équipes, gérer les budgets et mettre en oeuvre les réformes législatives. Le rôle du Président de TGI est similaire à celui d’un chef d’entreprise, à deux exceptions près.

    Nous n’avons pas la totale liberté sur les moyens financiers qui nous sont accordés par le Ministère de la Justice et nous ne choisissons pas nos collaborateurs.

    LHEB : Au-delà des responsabilités “managériales”, continuez-vous à instruire des dossiers en tant que magistrat ?

    B.G : Jusqu’à présent, j’arrivais à consacrer un tiers de mon temps à des activités juridictionnelles, principalement les référés. Il m’arrivait régulièrement de présider des audiences correctionnelles de comparutions immédiates, ou encore tenir le rôle de juge des libertés et de la détention par exemple.

    LHEB : Quel est l’aspect de votre fonction qui vous plaît le plus ?

    B.G : L’animation de la juridiction, sans hésiter. L’organisation des services et le management des équipes sont les missions dans lesquelles je me retrouve le plus.

    LHEB : Quelle est la différence entre un Tribunal d’Instance et un Tribunal de Grande Instance ?

    B.G : Le TGI est ce que l’on appelle une juridiction de droit commun. Il traite de tous les litiges qui ne sont pas spécialement attribués à une autre juridiction, comme le tribunal de commerce, le conseil des prud’hommes ou encore le tribunal d’instance.
    Chacune de ces juridictions est spécialisée dans le jugement des contentieux qui leur sont spécialement attribués. Concernant le tribunal d’instance, c’est en quelque sorte le tribunal de proximité, en charge des litiges du quotidien. Il a spécifiquement en charge les tutelles des majeurs, le surendettement des
    particuliers, les saisies des rémunérations, les baux d’habitation et les contentieux civils de droit commun dans lesquels l’enjeu financier est inférieur à 10 000 €.

    LHEB : Autre sujet, comment l’ouverture des données et l’émergence des intelligences artificielles pourraient générer des outils utiles à votre profession ?

    B.G : Il est important tout d’abord de relativiser l’aspect “novateur” de l’intelligence artificielle. Il s’agit pour le moment d’une évolution des capacités de l’informatique qui permettent d’aider l’être humain à réaliser des tâches beaucoup plus rapidement.
    Il est primordial que la justice soit incarnée par des femmes et des hommes, de garder un aspect humain auprès des justiciables, afin d’apporter des réponses adaptées à des problématiques personnelles.
    Je pense que les nouvelles technologies seront utiles pour l’aide des magistrats à la prise de décision. Par exemple, en synthétisant et en exposant au juge des décisions déjà prises par le passé dans des affaires
    similaires.

    LHEB : Votre avis sur la “justice prédictive” ?

    B.G : Il faut être extrêmement prudent. La justice prédictive consiste à permettre à des citoyens de prévoir une décision de justice, à partir d’un ensemble de décisions déjà rendues dans des cas similaires.
    Comme je l’ai dit plus haut, il est important de conserver un aspect humain dans la manière de rendre la justice. C’est à dire qu’il est primordial d’après moi de pouvoir continuer à personnaliser les décisions de justice.
    Nous devons donc veiller à limiter l’apport des nouvelles technologies de l’informatique à l’assistance” à la prise de décision. Dans cette mesure, la justice prédictive ne saurait être davantage qu’un outil permettant aux justiciables de
    savoir si leur affaire à une chance de succès ou pas. En aucune manière, elle ne doit leur permettre de connaître à l’avance et à coup sûr la décision qui sera rendue dans leur affaire. Sinon, on n’a plus besoin de juge et on peut le remplacer par un ordinateur. S’en serait alors fini d’une justice humaine et personnalisée.
    Dans le même ordre idée et pour donner une illustration très concrète, le risque de la justice prédictive serait de “figer” le droit et de l’empêcher de s’adapter aux évolutions de la société et des mœurs. Prenons l’exemple du changement de sexe à l’état civil, ce qu’on appelle le transsexualisme, une telle évolution n’a été rendue possible qu’à la suite d’une évolution jurisprudentielle majeure. Cette évolution sociétale aurait-elle été possible avec la justice prédictive ? Je n’en suis pas certain…

    LHEB : En fin d’année dernière, vous avez été élu par vos pairs en qualité de représentant des Présidents des TGI de France au Conseil Supérieur de la Magistrature. Quelles seront vos missions ?

    B.G : J’ai été élu pour un mandat de 4 ans. Je demeure président du TGI Limoges pendant la durée de mon mandat au CSM. Je devrai me rendre toutes les semaines ou presque à Paris, pour y siéger, deux à trois jours par semaine selon l’ordre du jour. Je n’aurai donc presque plus d’activité juridictionnelle au TGI. Je vais me recentrer sur mon rôle de manager.
    Mes missions en tant que membre du CSM seront de préparer des dossiers de candidatures à divers postes dans la magistrature et de délibérer avec mes collègues, en vue de proposer diverses nominations de magistrats. Il faudra aussi valider (ou pas) des projets de nominations de magistrats préparés par la
    Direction des services judiciaires.
    Le CSM est également l’organe de discipline des magistrats. Enfin, le CSM réalise régulièrement des visites dans toutes les juridictions de France. J’y prendrai ma part. [NDLR : Il y a 165 TGI en France et 36 cours d’appel]

    LHEB : Parlons un peu des traditions locales, vous êtes vous converti à la religion locale, c’est-à-dire le basketball ?

    B.G : Pour être honnête, je ne suis pas un grand sportif. Cependant, étant grand, j’y ai pas mal joué au collège puis au lycée. J’aimais bien ça. Je suis donc de temps à autre les aventures du CSP.

    LHEB : Quels nouveaux centres d’intérêt avez-vous découverts depuis votre arrivée à Limoges ?

    B.G : Je connaissais Limoges pour la porcelaine. J’ai découvert le musée national de la Porcelaine Adrien-Dubouché, qui est magnifique. Sa collection est superbe. J’ai découvert également les émaux de Limoges. J’en ai acheté quelques uns, anciens, depuis mon arrivée à Limoges, en chinant dans les brocantes ou aux puces de la Cité, le dimanche matin.
    Enfin, j’ai découvert la tradition de Limoges dans les métiers du cuir. Je ne savais pas que la marque JM Weston était de Limoges. Je trouve ça dommage de le cacher. C’est une vraie fierté pour cette ville.

    LHEB : Côté gastronomie, vous nous conseillerez quoi comme bons restos à Limoges ?

    B.G : J’ai repéré et testé quelques bonnes tables à Limoges comme Chez Alphonse, l’Amphitryon, le Bistrot de Léon, le Chalet ou encore Philippe Redon. Je ne veux pas faire trop de publicité involontaire, mais ce sont des restaurants qui m’ont séduit.

    LHEB : Pour conclure, que peut-on vous souhaiter ?

    B.G : Une bonne santé et de l’énergie pour toutes ces nouvelles activités que je vais effectuer dans les quatre prochaines années.

    Retrouvez ce  reportage sympa de France 3 Limousin qui nous propose une découverte de la Cité Judiciaire de Limoges.

     

    Selim
    Co-fondateur et coordinateur de lhommeenbleu.fr. Explorateur des internets aux oreilles exigeantes sur tout ce qui touche aux musiques actuelles, il aime déambuler au cœur de la cité porcelainière ainsi que dévorer des cheese-naan.

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