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« Un certain regard » sur le Limoumou #8 : Zéphirin

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Lorsque l’Homme en Bleu rencontre quelqu’un qui n’est pas né dans notre cher Limoumou, il a envie de lui dire : vite, prends ton vélo et découvre la région ! D’ailleurs, c’est ce qu’il fait, lui. Il bouge, il bouge, il bouge : sur la route, c’est normal de tomber sur des gens différents, que l’on ne connaissait pas auparavant. Dans ces cas, les distances deviennent un détail et les provenances assez diversifiées : on peut même changer de continent ! Car, en effet, cette fois il a discuté avec Zéphirin, congolais de naissance, mais limougeaud d’adoption depuis belle lurette.


LHEB : Bonjour Zéphirin, ça fait longtemps que tu habites à Limoges ?

ZÉPHIRIN : Je suis arrivé en 1983, j’étais encore étudiant (d’abord en Économie, puis en AES). Mon arrivée en France est liée au hasard, ainsi que le choix de Limoges. Ce n’est pas ce qui était prévu, à la base. J’étais censé partir en Roumanie ou dans un autre pays de l’Europe de l’Est. Finalement, je suis arrivé à Limoges et j’y suis resté (rires).

Zéphirin a la classe, en plus

LHEB : Tu pourrais m’en dire un peu plus ?

ZÉPHIRIN : Je suis originaire de Brazzaville, la capitale de la République du Congo. En étant un pays socialiste et communiste, la propagande nous racontait des choses affreuses à propos de l’Occident capitaliste – dont la France faisait évidemment partie. Les seuls pays européens considérés « sains » étaient ceux qui appartenaient à l’orbite soviétique. Du coup, je ne voulais pas venir en France. Le hasard, comme je le disais, a voulu que je sois choisi par l’ambassade française, à condition que mon pays me paie une bourse d’étude. Voilà comment j’ai atterri ici !

LHEB : Quel a été l’impact avec le Limoges de 1983 ? Y a-t-il des choses qui t’ont marqué ?

ZÉPHIRIN : C’était très différent par rapport aux villes africaines que je connaissais. La ville était plus propre, mieux gérée. En revanche, il y avait des choses qui m’ont surpris. La quantité de papiers à remplir dans la vie de tous les jours, par exemple. Je me disais : « Mais c’est un pays à papiers ! » (rires). Le froid, aussi : je n’avais pas trop l’habitude. C’est à Limoges que j’ai vu la neige pour la première fois. J’ai même voulu la toucher, avec un ami africain comme moi, car pour nous, c’était extraordinaire ! Sinon, concernant les gens, les étudiants qui venaient en cours en voiture, ce qui était impensable chez moi (les voitures étant réservées aux « adultes » ).

A propos de voitures : des taxis à Brazzaville CC BY-SA Alacoolwiki

LHEB : Quelles ont été tes difficultés, quand tu es arrivé ?

ZÉPHIRIN : Contrairement à beaucoup d’étrangers, la langue n’était pas un problème pour moi. Le français est une langue officielle et toutes les études au Congo, à partir du CP, sont en français. Je dirais plutôt l’intégration. J’avais l’impression que les gens nous repoussaient. Ce n’était pas une question de racisme non plus, puisque d’autres Français pas forcément de Limoges partageaient ce ressenti (rires). Ensuite, petit à petit, j’ai commencé à créer mon « réseau » et à apprécier la ville – la preuve : je suis toujours là ! J’ai compris qu’ici la mentalité était différente, par rapport à certains aspects. Un exemple : la proximité physique, chez nous, n’est pas la même qu’en France. Ça nous arrive de se promener avec d’autres copains, de se serrer dans les bras, etc. À Limoges, les gens croyaient qu’on était tous homosexuels ! (rires).

LHEB : Y a-t-il des choses de chez toi qui te manquent ?

ZÉPHIRIN : Plus maintenant, ça fait trop de temps que je vis ici. Au début, c’était surtout l’ambiance de la maison, qui me manquait. Le fait de vivre souvent dehors – au Congo il n’y a pas vraiment de saisons, juste la saison sèche et la saison des pluies – et de connaître tout le monde. Parfois, ici, on ne connaît même pas le voisin d’en face ! La variété des paysages me manquait aussi : la possibilité de passer de la forêt au fleuve, aux rivières… Quarante ans après, ce n’est plus pareil. Il faut dire que, depuis 1983, je ne suis revenu au Congo qu’une seule fois, en 2015. En deux autres occasions j’ai dû renoncer à cause d’un coup d’état. C’est plus souvent ma famille qui vient me voir à Limoges.

Zéphirin et sa famille, prêts à affronter les rapides !

LHEB : Revenons justement à Limoges. Tu trouves que la ville ressemble à celle de 1983 ou ça a changé ?

ZÉPHIRIN : Oh, ça a beaucoup changé (rires). Franchement, en 1983 Limoges était une ville assez morte. J’ai passé les premiers mois à songer de m’en aller. Les week-ends, il n’y avait plus grand monde, donc pas trop d’animations non plus. Il y avait moins d’offres et de services. Aujourd’hui, la ville est bien plus vivante ; je pense qu’il y a plus d’ouverture, aussi. Le nombre d’étudiants étrangers n’est pas comparable à celui de mon époque et ça a certainement contribué à rendre leur intégration moins compliquée que la mienne.

La poste à Brazzaville CC BY-SA Alacoolwiki

LHEB : À ce propos, si par hasard, tu avais été élu maire de Limoges, quelle serait ta première décision ? Tu as même été élu au Conseil Municipal, si je ne me trompe pas…

ZÉPHIRIN : Non, tu ne te trompes pas (rires). C’était de 2008 à 2014. Si j’étais maire maintenant, ma priorité serait le désenclavement de Limoges. Les transports doivent être améliorés, je pense notamment aux trains, que ce soit les lignes LGV ou TGV. Si l’on peut arriver facilement à Limoges, les entreprises vont arriver aussi. Dans les années 1980, le train pour Paris mettait moins de temps qu’aujourd’hui : c’est inacceptable. Une autre décision importante serait de transformer tout l’hypercentre en zone piétonne.

J’aurais pu partir de Limoges, si j’avais voulu, mais j’ai refusé parce que je me sentais bien

LHEB : Aurais-tu un adjectif pour définir Limoges ? Pas en français, si possible.

ZÉPHIRIN : Je vais te dire ça en lingala, alors. C’est une de nos langues officielles (nous, à la maison, on parlait le patois, en plus du lingala et du français). « M’boka kimia » : ville tranquille. Car j’aurais pu partir de Limoges, si j’avais voulu, mais j’ai refusé parce que je me sentais bien.

LHEB : Quel est ton endroit favori à Limoges ?

ZÉPHIRIN : J’ai une vraie passion pour la partie entre Place des Bancs et Place de la Motte. Depuis la première fois où, en me promenant, j’ai regardé en haut et j’ai découvert tous ces immeubles magnifiques.

Zeu Halles, Place de la Motte. Zéphirin a bien raison d’aimer.

LHEB : Merci beaucoup, Zéphirin.

ZÉPHIRIN : Merci, l’Homme en Bleu.

Fabio
Italien de passeport, Limougeaud de cœur : pas de quoi en faire tout un cinéma. Il aime les jeux de mots pourris, l'IPA et faire semblant de s'intéresser à plein de choses.

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