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Conversation(s) avec : Martin Palisse, directeur du Sirque de Nexon

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    Jongleur avant tout, Martin Palisse est depuis 2014 le directeur du Sirque de Nexon l’un des 12 pôles nationaux conventionné par le Ministère de la Culture.
    Autodidacte et déterminé, Martin Palisse a partagé avec l’Homme en Bleu des bribes de son parcours étonnant et sa vision sans concession du monde circassien du 21ème siècle.


    LHEB : Bonjour Martin, qui es-tu ?

    Martin Palisse : Je suis Martin Palisse, directeur du Sirque de Nexon et mon vrai métier est jongleur.

    LHEB : Quand est-ce que tu es arrivé à Nexon ?

    Martin Palisse : En tant qu’artiste, j’avais découvert le Sirque bien avant ma prise de poste de directeur. C’était en 2009 lorsque j’y ai présent mon spectacle intitulé POST. C’est à partir de cette année là qu’a germé en moi cette envie de piloter ce pôle cirque.

    Et c’est en 2014 que j’intègre la direction du lieu.

    Image de la création de Martin Palisse POST (crédit photo : Philippe Laurençon)

    LHEB : Le Sirque de Nexon a plus de 30 ans aujourd’hui, comment cela a commencé ?

    Martin Palisse : Il s’agit à l’époque [NDLR : en 1985] de l’envie du Maire de Nexon de développer le tourisme.
    Ses adjoints lui conseillent d’assister à un salon du cheval qui de mémoire se déroulait à Avignon, et c’est au détour d’une allée qu’il rencontre Annie Fratellini, une des pionnière en France du “Nouveau Cirque”.


    Après avoir longuement discuté, Annie Fratellini explique au Maire qu’elle souhaite développer une offre de stages internationaux d’été à l’apprentissage des métiers du Cirque.
    Peu après, ils visitent ensemble le domaine actuel où nous sommes basés et c’est en 1987 que l’aventure commence à Nexon.

    C’est quoi le Nouveau Cirque ?

    Martin Palisse : C’est le fait d’enseigner le cirque à tout à chacun. Traditionnellement, les métiers du cirque sont transmis de manière dynastique, il s’agit d’un cercle très fermé.
    Dans les années 80, un mouvement de décloisonnement du cirque s’opère avec l’arrivée dans le milieu de personnes qui n’étaient pas issus de grandes familles circassiennes et qui ont apporté avec eux de nouvelles esthétiques.

    Cela débouchera par la suite au terme “Cirque Contemporain”, qui est lié à l’institutionnalisation de l’apprentissage des métiers du cirque avec la création d’une école nationale à Châlons-en-Champagne.

    Concrètement, c’est quoi la différence entre le cirque contemporain et le cirque “conventionnel” ?

    Martin Palisse : Le cirque contemporain propose des formats de spectacles différents. A l’inverse du cirque traditionnel où les numéros sont assez court s’enchaînent sans avoir forcément de fil conducteur, le cirque contemporain se caractérise par des numéros souvent mono-disciplinaires où par exemple des duos ou trios de jongleurs vont concevoir de A à Z leur spectacle. Du choix des musiques, de la scénographie… ils sont maîtres de leurs créations.

    Crédits photos :
    Christophe Raynaud de Lage


    Le cirque contemporain, c’est aussi des performances avec une dramaturgie, une histoire et avec une durée de spectacle plus longue que dans le cirque traditionnel.

    Et dernier point important : nous nous interdisons d’exploiter des animaux pour des spectacles.

    L’animal n’a plus sa place au cirque contemporain ?

    Martin Palisse : Oui et heureusement. Dans le cirque contemporain, le dompteur est un métier qui a disparu. C’est quelque chose sur laquelle je suis totalement en accord, exploiter les animaux pour un spectacle est d’après moi d’une vulgarité et d’une cruauté absolue.

    Tu penses quoi du Cirque du Soleil ?

    Martin Palisse : C’est la verrue du monde du cirque. il s’agit d’une multinationale qui appartient à 96% à des fonds de pension chinois qui exploitent des milliers d’acrobates de part le monde et s’inscrit en plein dans le capitalisme sauvage.

    Le Cirque du Soleil, c’est tout l’opposé de ce que l’on fait.

    Au fait, pourquoi le Sirque avec un “s” ?

    Martin Palisse : Le “s” représente la pluralité des esthétiques que l’on propose tout au long de l’année à travers nos productions, celles des artistes associés et de ceux qui viennent en résidence chez nous.

    Il y a autant de cirques que d’auteurs, que de courants au sein même du cirque contemporain.

    De plus, “Sirque” est l’anagramme du mot “risque”. C’est un terme qui revient souvent dans le monde circassien. On prend des risques esthétiques, de recherches artistiques…

    Le Sirque de Nexon en 2019 c’est quoi ?

    Martin Palisse : Aujourd’hui, c’est un festival tous les mois d’août qui se nomme “La Route du Sirque” qui accueille 10 000 spectateurs par an.
    On a redéfini la ligne artistique du Sirque avec en plus une offre musicale durant tout le festival.

    On a aussi ouvert le spectre de l’offre artistique avec des représentations qui sortent un peu des arts du cirque avec par exemple des marionnettistes, parfois des danseurs…

    Le tiercé gagnant des représentations de Martin pour la Route du Sirque 2019

    • “La contrée du rêve” du magicien Scorpène (Plus d’info ici).
    • “Les Contes Immoraux (partie 1) – Maison Mère” de Phia Ménard – Cie Non Nova (Plus d’info ici).
    • “Futuro Antico” une création réalisée par Martin Palisse (Plus d’info ici).

    Mais il y aura aussi l’occasion de découvrir des groupes musicaux tout au long des 9 jours du festival comme par exemple :

    On a appris un scoop : Le mythique chapiteau derrière le château va disparaître ?!

    crédit photo : Philippe Laurençon

    Martin Palisse : Effectivement, le grand chapiteau permanent du Sirque de Nexon tire sa révérence ! Il était ici depuis 2001 et il sera remplacé d’ici la fin 2020 pour un tout nouveau.

    Mais que le public se rassure, on va en louer un pour le festival du mois d’août !

    Passons à des questions un peu plus personnelles. Tu n’es pas natif du Limousin mais tu le connaissais déjà n’est-ce pas ?

    Martin Palisse : Mes grands-parents paternels et maternels vivent en Haute-Vienne, donc j’ai toujours connu Limoges et ses alentours bien sûr.
    Je suis né en Haute-Loire, un département lui aussi rural donc pas de choc des civilisations !

    Soyons un peu critique, qu’est-ce qui ne va pas aujourd’hui à Limoges et ses alentours niveau culture ?

    Martin Palisse : Ce que je trouve dommageable, c’est que l’on a un retard culturel au regard de la taille de notre ville. Je dirais que c’est dû à une faillite de l’homme politique actuel qui ne comprend peut-être pas assez les enjeux d’une belle programmation culturelle pour les jeunes.

    Ce sont les jeunes qui animent et incarneront le territoire dans un futur proche. Aujourd’hui, on constate que la majorité des efforts proposés sont à destination d’un public plus âgé.

    Un peu de courage et d’audace pour satisfaire la nouvelle génération ne serait pas de trop, sachant que l’on a déjà les infrastructures pour, même si certaines mériteraient d’être rénovés.
    Sans parler du nombre incroyable de friches industrielles à Limoges qui auraient le potentiel de devenir de beaux lieux d’accueil pour le public avide de musiques actuelles ou autre cultures urbaines.

    Et autre chose de très important : Accepter que ces lieux puissent être en centre-ville ou bien desservis par des transports en commun qui ne se finissent pas à 23 heures…

    Mais je reste optimiste, ça peut se faire avec le temps.

    Tu penses que cette inertie est dûe à quoi exactement ?

    Martin Palisse : Peut-être faudrait-il faire venir des personnes venant d’autres territoires. Bénéficier d’un regard “extérieur” et “neuf” pour faire bouger les lignes.

    Je ne veux pas faire le parallèle avec mon parcours et mon arrivée en 2014 au Sirque de Nexon, mais pour ma part, le fait de m’installer dans une nouvelle région, découvrir et apprivoiser les acteurs locaux et redéfinir le projet Sirque a apporté ce que certains appellent “un vent de fraîcheur” (rires).

    Et alors, tu es plutôt Team Limousin ou Nouvelle-Aquitaine ?

    Martin Palisse : Je ne me suis jamais la question car je n’ai jamais été vraiment chauvin lorsque je me suis installé par le passé dans d’autres territoire de notre pays.
    On va dire que la Nouvelle-Aquitaine, ça a du bon et du mauvais, et que le plus important et de s’investir à l’échelle locale.

    Pour conclure, qu’est-ce que l’on peut te souhaiter ?

    Martin Palisse : (longue reflexion) Je prépare actuellement un solo de jonglage, j’aimerai que l’on me souhaite de ne perdre aucune balles sur scène au moment de la première !

    Merci Martin

    Retrouvez les actualités du Sirque de Nexon, de son festival du 14 au 24 août 2019 et toutes autres informations sur lesirque.com

    Selim
    Co-fondateur et coordinateur de lhommeenbleu.fr, il aime explorer la cité porcelainière ainsi que dévorer des cheese-naan.

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