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Conversation(s) avec : Haroun, l’humoriste qui fait rire et réfléchir

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    De plus en plus reconnu par le grand public, Haroun est un humoriste corrosif, pince sans rires, se délectant de divers sujets de société qu’il adore tourner en dérision. La (géo)politique, notre utilisation des réseaux sociaux ou encore “la start-up nation”, Haroun n’épargne personne, et nous fait rire sans tomber dans le pathos ou l’égo-trip qui a la peau dure dans le monde du stand-up.

    Sa venue dans les contrées Limougeaudes le 13 novembre 2019 a permis à l’Homme en Bleu de converser avec cet humoriste qui fait contracter nos zygomatiques, mais aussi notre système nerveux.
    Conversation avec le plus improbable des “stand-uper”.


    LHEB : Salut Haroun, ASV* ?

    Humoriste sobre à l’humour sombre

    Haroun : Pour mon âge, je ne le dévoilerai pas, je n’ai pas envie que les gens me catégorisent par rapport à ce nombre. La ville, j’ai grandit à Bures-sur-Yvette dans le 91.
    Concernant le sexe, vu que cette question se posait dans les années 2000 et que le concept de “non-binaire” n’existait pas encore, je répondrai alors par “sexe masculin”.

    LHEB : On te présente comme “l’humoriste qui a une tête de premier de la classe”. Ce n’est pas saoulant comme étiquette ?

    Haroun : Je porte des lunettes, je m’habille proprement. Je correspond donc aux “critères” du premier de la classe. Ça ne me dérange pas, il vaut mieux être présenté comme le premier de la classe plutôt comme le dernier.

    LHEB : Tu as un humour sarcastique, pince sans rire, plutôt corrosif… Tu déroules tes sketchs tout en restant très neutre au niveau comportement sur scène. Tu es l’anti-Jim Carrey ?

    Peut-être que si, même si j’adore le travail de Jim Carrey ! En réalité c’est une posture scénique qui permet de donner beaucoup plus d’importance aux séquences où il y a du mouvement, bien qu’il y en ait peu dans mes spectacles.

    Le rire est pour moi une manière de s’approprier des sujets en les dédramatisant


    Je ne dirais pas que je suis “l’anti-Jim Carrey”, mais plutôt que je n’abuse pas des gestuelles scéniques ou des mimiques comme ressorts comiques.
    Cependant, je n’exclue pas à l’avenir de proposer des spectacles qui me feront plus bouger sur scène.

    LHEB : Traiter en dérision l’actualité et des thèmes sensibles de société sont tes armes de prédilections. Est-ce que rire, c’est forcément réfléchir ?

    Haroun : Pas forcément. Disons que traiter de manière humoristique ces thématiques est ma manière d’amener au rire. Le rire est une porte d’entrée pour s’approprier des sujets en les dédramatisant. Le rire est plus un moyen qu’une fin en soi.

    Après, il y a des humoristes qui arrivent très bien à proposer des spectacles qui ne prêtent pas à réfléchir, qui permettent de se détendre et de faire “consommer” du rire comme une émotion à part entière.

    LHEB : Dans l’un de tes show “Internet Etc.”, tu nous mets face à nos contradictions concernant nos comportements sur les réseaux sociaux et le web de manière globale. Mis à part nous tailler, c’était quoi le but du show ?

    Haroun : C’était de se réapproprier différemment Internet. Bien sûr j’aime tourner en dérision les comportements absurdes sur internet, sachant que je m’inclue aussi dedans.



    Ce qui était important pour moi, c’est que l’on pouvait parler d’internet sans être trop technique. Ce n’est pas un spectacle militant ou pédagogique, mais présenter les déviances et problématiques du net aux gens.

    De manière générale, je voulais montrer qu’Internet et les nouvelles technologies qui nous entourent ne sont ni uniquement positives, ni uniquement négatives en terme d’impact dans nos vies.

    Aujourd’hui, Internet est indissociable de la vie de beaucoup de gens sur notre planète, donc c’est important de pouvoir bien se l’approprier afin d’en avoir le meilleur usage possible.

    LHEB : Niveau diffusion, tu es l’un des premiers humoriste français à avoir proposé un de tes spectacles (Spectacle spécial élections 2017) en libre accès et gratuit sur Youtube. C’était une stratégie pour faire venir le “public Youtube” te voir en salle ?

    Haroun : Oui, mais pas seulement. C’était partie à la base du spectacle “Présidentielles 2017” qui était compliqué à vendre aux salles. Je n’étais pas assez “bankable” à l’époque et de plus, c’est un spectacle que j’ai écris et joué quelques mois avant les élections, donc un spectacle éphémère.

    Face à ces contraintes, je me suis dit que c’était une bonne idée donc d’en faire profiter un maximum de personnes, que ça les fassent venir en salle après ou non.

    Je suis très sensible à l’internet libre, l’open-source donc c’était logique d’après moi d’offrir ce spectacle aux internets. Et puis, ça me permet aussi de me repentir après avoir piraté tant de films dans ma jeunesse *rires*.

    LHEB : Malgré tout, ce fût un pari gagnant, de nombreuses personnes ont découvert ton travail grâce à cette démarche. Tu penses que ça devrait se généraliser ?

    Haroun : Je trouve que ce serait la moindre des choses que les artistes partagent de temps en temps gratuitement du contenu artistique.
    Il faut faire attention à ce que l’accès à la culture ne devienne pas trop onéreux.

    Sur internet, on a une meilleure maîtrise du contenu que l’on veut diffuser, on est en contact direct avec son audience…



    Un artiste ne créé pas pour faire du profit d’après moi, un artiste créé avant tout car il a envie de le faire.
    Après c’est bien que ma démarche ait marqué le coup [NDLR : d’autres humoristes comme Kheiron ou Noman Hosni s’y sont aussi mis !] mais je pense que ça devrait être plus courant !

    LHEB : On te voit très peu dans les médias conventionnels. Tu privilégie ta promotion sur le web ?

    Haroun : J’ai essayé de faire de la promo’ sur les médias traditionnels mais le rythme et les formats ne me conviennent pas. En plus, ça m’agace de ne pas avoir la maîtrise des montages sur les contenus me concernant.

    Sur internet, on a une meilleure maîtrise du contenu que l’on veut diffuser, on est en contact direct avec son audience…
    Je ne suis pas dans un raisonnement de “stratégies”, c’est juste que les canaux de diffusions sur internet m’intéressent plus que de proposer des sketchs à la télé.

    LHEB : Autre fait d’arme, ton panache lors du guet-apens du débat auquel tu as participé sur l’antenne Sud-Radio en juin 2019 qui nous parlait encore du voile religieux.

    A quand un sketch sur les éditorialistes, ces nouveaux Guignols de l’Info qui s’ignorent ?

    Haroun : A vrai dire, je suis en train d’écrire sur ce qui s’est passé à Sud Radio. J’ai attendu quelques mois car je ne voulais pas qu’on pense que je profite d’un buzz autour de cet “événement” médiatique ou alors leur donné du crédit.

    Le début de l’enfer commence à 16:20


    J’ai pas envie de ré-appuyer là dessus car j’ai déjà fait des sketchs sur Zemmour ou d’autres éditorialistes où je montre au public ce néo-concept journalistique qui utilisent de faux raisonnement pour prouver des choses sans s’appuyer sur la rigueur journalistique de base.

    Mais il est vrai que cette mode des éditorialistes qui réagissent sur tout et n’importe quoi sur des plateaux télé est problématique. C’est fatiguant mais en même temps les gens commencent à être conscient de ces “journalistes-entertainer “qui sont là uniquement pour faire de l’audience.

    C’est spectaculaire de voir ces gens se gueuler dessus à la télé, mais je pense que le meilleur moyen de les voir disparaître, c’est tout simplement de ne plus visionner, partager ou réagir (que ce soit en bien ou en mal) face à ces gens qui nous proposent des contenus plutôt médiocres.

    LHEB : Tu débarques sur Limoges le 13 novembre prochain pour nous présenter ton nouveau spectacle. Tu peux nous en parler ?

    Haroun : Contrairement aux spectacles que je met en ligne, on parlera de pleins de sujets de société en vrac. On se balade autour de l’écologie, le terrorisme, le racisme l’éducation…

    Un condensé d’humour, parfois absurde, afin de se questionner ensemble. Un peu comme lors d’un apéro où l’on digresse entre amis sur divers sujets, jusqu’à en oublier de dont on parlait en début de soirée !

    LHEB : Passons maintenant à un quiz spécial Limoges.
    Première question : Est-ce que Limoges, c’est en Essonne ?

    Haroun : Préparez-vous, car ce le sera bientôt, l’Essonne va conquérir toute la France !

    LHEB : D’après toi à Limoges, on rigole bien ?

    Haroun : On rigole bien partout !

    LHEB : Arrives-tu à trouver Limoges sur une carte de météo ?

    Haroun : Oui car j’ai habité par le passé à Toulouse. Et quand je prenais le train pour monter à Paris on s’arrêtait à Limoges. La SNCF m’a donc aidé à trouver où était Limoges sur la carte !

    LHEB : Est-ce que tu sais ce qu’est un trolley-bus ?

    Haroun : Tout à fait je vois ! Je trouve ça fou ce concept hybride de bus et trolley.

    LHEB : Pour conclure, que peut-on te souhaiter ?

    Haroun : De bien réussir mon passage à Limoges et d’avoir une salle bien remplie !


    *: Âge, Sexe, Ville : Acronyme populaire utilisé sur les plateformes tchats des années 2000.


    Retrouvez les actu’ d’Haroun sur son site web et sa page Facebook.
    Retrouvez le bon plan de l’Homme en Bleu qui vous propose de gagner 2*2 places pour le prochain spectacle d’Haroun à Limoges !

    Selim
    Co-fondateur et coordinateur de lhommeenbleu.fr. Explorateur des internets aux oreilles exigeantes sur tout ce qui touche aux musiques actuelles, il aime explorer la cité porcelainière ainsi que dévorer des cheese-naan.

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