Comme vous le savez, l’Homme en bleu a les poches vides mais un goût prononcé pour les activités insolites. Qu’à cela ne tienne, il s’est rapproché de l’association Chalard Initiatives qui organise des journées d’orpaillage en Limousin. Une matinée les pieds dans l’eau à la recherche du précieux métal.


On se voit déjà sortir la pépite du siècle : celle qui déclenchera une bagarre parmi les colons, celle qui rameutera le shérif forcé de constater l’incroyable trouvaille. Les pieds dans l’eau fraîche, le dos suintant, on trie ce fichu sable avec toute l’attention du monde. Mais bon sang où est-elle cette pépite ? Sur la berge d’en face, on entend un craquement venu des bois, on lève les yeux convaincus d’avoir entendu un grizzli… Puis on se rappelle qu’on est en pleine campagne limousine, juste à côté de Saint-Yrieix-la-Perche. Le paysage est moins sec qu’en Californie, plus verdoyant, plus touffu. En amont, l’eau s’écoule paisiblement avant de chuter brutalement de quelques mètres : pas le moindre saumon à l’horizon.

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Philippe, ancien mineur et géologue

Cette rivière, c’est l’Isle. Un affluent de la Dordogne réputé pour ses qualités aurifères. La petite dame serpente entre la Haute-Vienne et la Dordogne et draine tout le secteur minier de St Yrieix la Perche. « C’est une rivière particulièrement chargée en paillettes d’or », explique Philippe Roubinet, chercheur d’or professionnel, notre professeur d’orpaillage pour la matinée. Il est marrant Philippe. Le bonhomme est âgé de 55 ans et n’a qu’une seule chose en tête depuis toujours : trouver de l’or. Originaire du Chalard, son père lui a montré une mine d’or lorsqu’il avait 5 ans. « Dès lors, je n’ai eu qu’une seule chose en tête : devenir chercheur d’or », explique-t-il à la quinzaine de curieux venus s’essayer à l’orpaillage pour la matinée. Friand d’anecdotes et de vannes en tout genre, Philippe a travaillé plus de 20 ans dans les mines.

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Il a fini géologue à la mine du Bourneix, la dernière mine en activité dans la région. Tous les étés, Philippe apprend à des novices comment dénicher les paillettes d’or dans les rivières du Limousin. Eh oui, on parle bien de paillettes et non de pépites. « Si vous comptiez faire fortune ce matin, vous pouvez faire demi-tour », explique-t-il à la quinzaine de curieux qui ont fait le déplacement. Et dire qu’on la voulait cette pépite…

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On pensait trouver une pépite comme celle-ci…

Et ne t’y trompes pas camarade, chercher des paillettes d’or est un exercice bien plus physique qu’il n’y paraît. « D’abord, il faut creuser dans la rivière. Et le plus profondément possible car c’est là que se trouvent les paillettes d’or ». La pelle heurte immanquablement roches qui tapissent le fond de la rivière, et le courant, quoique faible, ne facilite pas la tâche. Ensuite, il faut remplir son grand tamis rouge et le secouer fermement pour faire tomber le sable dans sa battée.

C’est ici que se cacheront les paillettes d’or. On secoue, on regarde. On secoue, on évince une peu de sable, on regarde. Le geste est bien plus technique qu’il n’y paraît : « il faut des années avant de parfaitement le maîtriser », souffle Philippe. Mais « le principe est assez simple. Comme l’or est très lourd et très dense, il va rester dans le fond de la battée ».

L’or et le Limousin : une longue histoire d’amour

En Limousin, nous ne sommes pas les premiers à nous intéresser à l’or. La grande ruée a débuté il y a des milliers d’années avec nos ancêtres les Gaulois. Ce sont les premiers à avoir exploité l’or dans la région. Et les mecs avaient de la suite dans les idées : « pour creuser leurs galeries, et comme il ne disposaient pas d’outils assez performants pour se faufiler à travers la roche, ils faisaient de l’abattage par le feu. Ils dressaient des bûchers de bois sec au plus près de la roche pour l’éclater puis ils la creusaient avec d’autres roches. Ils concassaient les roches extraites pour en faire de la poudre, puis la faisaient glisser avec de l’eau dans une petite rigole tapissée de peaux de mouton.

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L’or étant plus lourd, il s’accrochait aux peaux de mouton, c’est comme ça qu’ils le récupéraient ». Pas con le gaulois. En Limousin, on a recensé plus de 2 000 aurières — mines d’or — situées principalement dans le district de Saint Yrieix la Perche entre Jumilhac le Grand (Dordogne) et Masseret (Corrèze). On estime que les Gaulois auraient sorti entre 60 et 80 tonnes d’or. Encore aujourd’hui, « la plupart des mines modernes reposent sur des filons exploités par les Gaulois », explique Patricia Chousseau, Présidente de l’association Chalard Initiatives.

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Malheureusement, toutes les exploitations modernes ont fermé en 2002. Depuis quelques années, on parle de la réouverture des mines mais personne ne sait véritablement ce qu’il va en advenir. « Nous savons que le Bureau de Recherches géologiques et minières — BRGM — est en phase prospection, nous savons qu’il y a encore de l’or mais nous n’avons aucune idée de quand les mines pourraient rouvrir », précise Patricia Chousseau, Président de l’association Chalard Initiatives. C’est un processus long et complexe, il y a des impératifs de rentabilité à étudier. « Si les mines doivent réouvrir, je pense que ce ne sera pas avant 3 ou 5 ans », conclut-elle.

Cela laisse le temps de s’entraîner avant le retour de l’El Dorado Limoumou !


Les journée en or
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